07
Juin
2018

Agriculture : cultiver un bon état d’esprit

Pour sortir des dissonances actuelles

Image associéeNous sommes de plus en plus nombreux à prendre conscience des dissonances insupportables de la situation agricole actuelle.

Tout le monde s’accorde sur le constat que, dans les pays dits riches, il y a une débauche de volume alimentaire produit, cause, d’ailleurs d’un gigantesque gaspillage.

Et, en parallèle, des études révèlent une baisse significative de la qualité intrinsèque des denrées mises sur le marché. (*)

Un autre paradoxe existe entre l’image de performance que voudraient véhiculer les tenants de l’agriculture industrielle et la gabegie de consommation d’énergie fossile dont elle est la cause ; alors même que la nécessité de la transition énergétique ne fait plus de doute pour personne. (**)

Les causes de cette déraison sont multiples.
Je me suis penché sur celles qui relèvent de l’état d’esprit qu’il convient de réviser.

La marchandisation d’un bien précieux

Résultat de recherche d'images pour "tomates hors sols"L’alimentation conditionne notre vie et notre santé. C’est un bien précieux de l’humanité, le plus indispensable.

Or, les denrées alimentaires ont été reléguées au rang de vulgaires marchandises, produites, transportées et négociées, comme n’importe quelle camelote, comme une marchandise morte.

La systématisation du recours à des procédés industriels de transformation, de conditionnement et de présentation et le recours décomplexé à la spéculation commerciale et financière ont altéré considérablement notre rapport à l’alimentation, à sa disponibilité et à sa qualité nutritive réelle.

Le désinvestissement éthique à tous les étages de la chaîne économique agro-alimentaire, commence chez le producteur qui n’est même plus consommateur de ses propres productions.
Les denrées produites déconnectées de leur finalité ont une valeur de plus en plus arbitraire.

L’avis du producteur sur sa production est indispensable. Sans cela, il cède à toutes les pressions commerciales les plus audacieuses, à toutes les modes marketing les plus fantaisistes.

Retisser le lien entre producteur et consommateur

Résultat de recherche d'images pour "cueillette a la ferme"Le paysan œuvre pour se nourrir et nourrir les autres. Il connaît les personnes qui consomment ses produits.
La production alimentaire est un acte à forte valeur sociale, comme le sont toutes les activités de soins portées à la personne.

Remplacer l’ensemble des paysans par des agri-managers relève d’un projet social étrange, qui, pour le moins, semble largement nous échapper, comme cela est dit dans la bande annonce du film « On a 20 ans pour changer le monde ».

Le retour à la vente directe, un acte social tellement humain qui lie production et consommateur semble être la seule façon de rétablir la confiance, la reconnaissance de l’autre : qu’il soit producteur, qu’il soit consommateur.

Savoir si le paysan n’a plus sa place dans l’économie mondialisée ; c’est peut-être au consommateur, c’est-à-dire à nous tou(te)s, d’en décider ?

La perte des réalités

La production agricole est soumise à quelques réalités, comme l’état de santé des milieux naturels, les aléas climatiques, en plus de la pression économique malsaine, qui touche tous les secteurs d’activité.

La plupart des biens que nous consommons relève d’un processus de fabrication industrielle. Pourquoi pas l’alimentation ?
Exprimé de la sorte, le raisonnement pourrait presque paraître sensé !

…Sauf, que dans cette approche, il ne s’agit que de satisfaire le seul besoin d’avoir.

C’est la vie, dans son processus biologique et dans sa plus intime réalité qui est directement ignorée.

La société de l’ « avoir » fait écran à la perception de la valeur réelle de l’existence : celle de l’être.

Le courant consumériste qui dévie l’attention apportée à la vie, qu’elle soit extérieure ou intérieure, met en danger la vie en nous éloignant de ses exigences. (***)

La prospérité de l’agriculture repose sur la vitalité des écosystèmes naturels

Résultat de recherche d'images pour "abeille et agriculture"A l’issue de deux siècles d’industrialisation, il s’avère que les pays occidentaux consomment et produisent trop et mal. Ce modèle est non généralisable.

La population humaine terrestre vit au-dessus de ses moyens, c’est-à-dire qu’objectivement nous prélevons au-delà de ce que les ressources terrestres peuvent fournir durablement.

En agriculture, ce n’est pas le travail de l’être humain, en soi, qui est productif, mais essentiellement la vigueur des écosystèmes.
L’agriculteur stimule et oriente habilement cette dynamique et prélève intelligemment certains éléments pour notre alimentation. Cette capacité relève du savoir-faire, de l’artisanat, non de l’industrie.

Dans l’ignorance de ce savoir-faire, les pressions et les prélèvements durables inconsidérés provoquent l’épuisement des mécanismes naturels, comme ceux qui alimentent la vie biologique des sols, ou, la vie des insectes pollinisateurs.

C’est l’expérience radicale que j’ai faite en apiculture. Les ressources pour les pollinisateurs déclinent vertigineusement. Il est simple d’en déduire les conséquences : pas de ressources pour s’alimenter, pas de vie. Ce qui touche les pollinisateurs touche de très près l’être humain, qui réalise enfin qu’il est grand temps d’arrêter de jouer perdant. 

Yves Robert     www.culturenature71.com

(*) « Nos fruits et nos légumes seraient-ils moins nutritifs qu’avant ? Je lisais dernièrement un article dans lequel on parlait d’un nutritionniste américain nommé Alex Jack, qui s’est amusé à comparer les tables américaines de valeur nutritive des années 1963 et 1975 avec celle d’aujourd’hui. À sa grande surprise, il a noté une baisse significative du contenu nutritif particulièrement dans les légumes » Anne-Marie Roy Diététiste-nutritionniste

« L’agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) vient de rendre public le résultat d’une grande enquête sur l’exposition alimentaire des enfants de 0 à 3 ans à certaines substances (…) L’Anses a appelé à une vigilance particulière concernant 9 substances (arsenic inorganique, plomb, nickel, PCDD/F, PCB, mycotoxines T-2 & HT-2, acrylamide, déoxynivalénol (contaminant fongicide) et ses dérivés et furane (médicament)). L’enquête a permis de déterminer qu’un « nombre non négligeable d’enfants présente une exposition supérieure aux valeurs toxicologiques de référence. » www.femmeactuelle.fr

(**) « Le système agroalimentaire occidental, et, de plus en plus, mondial, est extrêmement dépendant de l’énergie fossile. La chaîne qui va « de la fourche à la fourchette » est d’une longueur impressionnante, depuis la fabrication et la mise en action des tracteurs et autres machines agricoles jusqu’au transport, souvent depuis les autres continents, en passant par la production d’engrais et de pesticides, l’irrigation, la mise en boîte ou la surgélation, l’emballage et la publicité. La conséquence de la complexité de cette chaîne, c’est qu’une calorie alimentaire arrivée dans notre assiette a nécessité la consommation de treize calories de pétrole (ou plus largement, d’énergie fossile). Ce bilan désastreux du modèle agroalimentaire dominant est à comparer avec celui qui persiste dans les campagnes des pays du Sud et à celui qui régnait encore en Europe au milieu du siècle dernier, dans laquelle la consommation d’énergie fossile pour la production d’énergie alimentaire était proche de zéro.» Michel Durand

(***) « Avoir ou être ? » Le dilemme posé par Erich Fromm n’est pas nouveau. Mais pour l’auteur, du choix que l’humanité fera entre ces deux modes d’existence, dépend sa survie même. Car notre monde est de plus en plus dominé par la passion de l’avoir, concentré sur l’acquisivité, la puissance matérielle, l’agressivité, alors que seul la sauverait le mode de l’être, fondé sur l’amour, sur l’accomplissement spirituel, le plaisir de partager des activités significatives et fécondes. Si l’homme ne prend pas conscience de la gravité de ce choix, il courra au-devant d’un désastre psychologique et écologique sans précédent… Erich Fromm trace les grandes lignes d’un programme de changements socio-économiques susceptibles de faire naître en chacun de nous une réflexion constructive.

http://www.philo5.com/Mes%20lectures/Fromm_AvoirOuEtre.htm#_Difference
Passages Choisis Avoir ou Être ? Un choix dont dépend l’avenir de l’homme

 

Ecrit par Un toit pour les abeilles dans : Bon à savoir |

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