22
Jan
2018

L’Exposition des abeilles aux pesticides

Cet article a été écrit par Yves ROBERT, apiculteur, arboriculteur et formateur en agroécologie, membre du réseau Un toit pour les abeilles.

 » Chers parrains, j’ai souhaité, avec Chantal, vous rédiger quelques lignes sur l’exposition des abeilles aux pesticides et vous donner mon témoignage en tant qu’apiculteur…
Car le sujet est particulièrement grave qu’il faut en parler et en parler encore pour sensibiliser ! D’avance merci pour votre lecture et votre écoute…
L’exposition des abeilles aux pesticides

Dans ma pratique apicole, je me sens prioritairement concerné par les enjeux du développement de la biodiversité, qui consiste en grande partie, actuellement, à alerter sans relâche sur les dangers extrêmes de la destruction du vivant par des modes de production, de consommation et de pensée inappropriés.
Dans son livre aux éditions Rustica : « Un petit rucher bio. Tous les conseils pour débuter » Jérôme Alphonse, apiculteur dans le Vercors explique posément :

« Des milliers d’apiculteurs ont cessé leur activité ces dernières années , ne comprenant pas pourquoi ce qui avait toujours fonctionné conduisait à la mort de leurs chères protégées (…) Le réflexe est de penser que tout cela n’est sûrement pas si compliqué et qu’il suffit de revenir à des pratiques plus naturelles (…) Malheureusement, c’est oublier que les marais riches de biodiversité, les grandes prairies emplies de fleurs et fauchées lentement , les fermes plantées de multitudes de fruitiers, de tilleul et autres framboisiers, ont été remplacés dans bien des régions par de grandes surfaces agricoles de monocultures dopées aux traitements chimiques dévastateurs. »

L’indifférence impensable à l’égard de l’effondrement biologique de notre environnement et l’usage des pesticides vont de pair.
Il y a déjà quelques années, je me suis procuré un ouvrage de référence sur les pesticides : « Enjeux phytosatinaires pour l’agriculture et l’environnement » aux éditions Lavoisier.
« L’arrivée des néonicotinoïdes sur le marché est considérée comme l’évènement le plus important des trois dernières décennies dans le domaine des insecticides organiques de synthèse. »
, ai-je pu lire à la page 31 de cet ouvrage… Cela m’a véritablement glacé le dos. Il est clairement expliqué : « les néonicotinoïdes sont des insecticides systémiques, de contact et par ingestion ». C’est une redoutable invention, qui a fait des ravages considérables dans toutes les populations d’insectes non visés, dont les polinisateurs. On compte, dans cette famille infernale de molécules tueuses, le thiamethoxam.

Des informations précises sur les pesticides se trouvent aussi aisément en recherchant sur internet . Sur Wikipedia vous trouvez l’explication suivante: « Le thiaméthoxame ou thiamétoxam (ISO) est une molécule chimique de la famille des néonicotinoïdes (une famille d’insecticides neurotoxique pour les invertébrés, tout comme la clothianidine et l’imidaclopride). Il est utilisé comme pesticide (insecticide systémique) en agriculture. Uniquement fabriqué par le groupe agrochimique suisse Syngenta et vendu sous le nom de Cruiser et Actara ; il est abondamment utilisé en agriculture intensive comme produit phytosanitaire ciblant les insectes suceurs de sève ou consommant les plantes cultivées. »

Les abeilles se sont trouvées concernées, certes non volontairement (?) par ces molécules destructives, alors même qu’elles contribuent très significativement à la pollinisation des cultures des oléagineux, comme le colza ou le tournesol. Faut-il en conclure que des experts, inventeurs et hommes d’affaire seraient en sérieux déficit de connaissances en matière de biologie et d’expérience du vivant ?… En tout cas, il me parait évident que beaucoup de chemin est à faire pour réintégrer, dans nos préoccupations humaines prioritaires, la compréhension de la réalité de la vie sur Terre, dont notre avenir dépend pourtant.

Le Cruiser a été retiré du marché en France en 2012, au début de notre installation en apiculture. Un article publié à l’époque commente : « Après l’annonce d’une probable interdiction du Cruiser OSR utilisé en enrobage de semence du colza, faite durant les élections présidentielles, la LPO (La Ligue de Protection des Oiseaux) se réjouit de constater que Le Ministre de l’Agriculture, Stéphane Le Foll, ait annoncé le 29 juin le retrait de son autorisation de mise sur le marché. La LPO rappelle que la matière active concernée est le Thiaméthoxame (Cruiser), substance appartenant à la famille des néonicotinoïdes, tout comme l’imidaclopride (Gaucho).

La LPO regrette en conséquence que ce ne soit pas la famille des néonicotinoïdes, présentant une toxicité semblable, qui soit en totalité retirée du marché. L’imidaclopride, par exemple, possède une toxicité équivalente à 7297 fois celle du DDT interdit en 1972 ! On trouvera par ailleurs, ci-joint, la carte de la contamination des eaux de surface par cette molécule (…)» (www.lpo.fr)
L’enlisement dans la problématique des pesticides, qui a culminé durant ces dernières décennies persiste le début de l’ère industrielle. En touchant, au passage, bien d’autres aspects que le maintien des pollinisateurs.

Une étude menée par Pierre Duclos, vétérinaire conseil du Groupement de défense sanitaire de notre département de Saône-et-Loire vient d’être publiée dans le magazine professionnel « La santé de l’abeille » de décembre 2017 page 485. Elle met en évidence, à qualité de soin égal, l’influence considérable de l’exposition des abeilles aux pesticides sur le taux de mortalité durant l’hiver 2016-2017.

Entre la zone la moins exposée aux pesticides que constitue le Charolais, à l’ouest du département, et la zone la plus exposée, la Bresse à l’est, le taux moyen de mortalité hivernale des colonies d’abeilles passe de 11 % à 35%. (35%, c’est une colonie sur trois qui meurt en hiver…)

Nos propres ruchers se trouvent dans la zone géographique intermédiaire que constitue la Vallée de la Saône bordées par les monts du Mâconnais. Il est difficile d’y éviter complétement l’exposition aux pesticides, du fait de la présence de cultures de colza, dont les abeilles raffolent.

Nous avons notamment constaté, Chantal et moi, des anomalies fréquentes du développement des abeilles à l’état larvaire ; et, seulement dans des ruchers où l’exposition aux pesticides est malheureusement possible avec les cultures de colza.

Elles ne sont pas folles, les abeilles : le pollen de colza est l’un des rares pollens de plantes à contenir la totalité des acides aminés nécessaires à leur développement ! J‘estime que les abeilles ne sont « scientifiquement » pas folles ; selon moi, ce sont les êtres humains qui déraisonnent « scientifiquement » !

Les abeilles ne sont pas équipées biologiquement pour détecter la dangerosité des molécules de synthèse produites pas le génie (?!) de notre science. Elles n’ont probablement jamais croisé pareille incongruité depuis leur existence sur Terre, légèrement antérieure à la nôtre…

Yves et Chantal »

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