Bouleversement climatique et végétal par Manuel V.
Bonjour à toutes et à tous,
C'est une fin de saison très atypique que nous venons de vivre, mes abeilles et moi. Après un début de mois de mai plutôt frais et humide, nous avons basculé dans un nouveau monde, inconnu et plutôt inquiétant…
La fin du mois a été marquée par une première canicule importante. Avec peu de fleurs à disposition, les abeilles n'ont pas pu butiner ni rapporter beaucoup de nectar. La végétation, quant à elle, a brusquement accéléré son développement. Dès le début du mois de juin, je voyais déjà les premiers châtaigniers produire leurs longs chatons au bout des branches, avec près d'un mois d'avance sur leur calendrier habituel.
Je savais alors que toutes les floraisons allaient se chevaucher, car d'autres espèces, comme la ronce ou le tilleul, avaient pris un peu moins d'avance.
Vers la mi-juin, toutes les fleurs étaient ouvertes et les premières fortes chaleurs s'installaient. Les abeilles ont alors engagé une véritable course contre la montre. Elles n'ont eu que quelques jours pour récolter un maximum de nectar. Les ruches se sont rapidement alourdies et, en voyant les cadres se remplir de miel, je pensais déjà que la saison serait une réussite.
Puis, soudainement, plus rien… Aux alentours du 20 juin, les rentrées de nectar se sont arrêtées net. Une situation impensable il y a encore quelques années, lorsque les châtaigniers fleurissaient aux alentours du 10 juillet.
Malheureusement, les épisodes de canicule se sont ensuite succédé et le travail de l'apiculteur était loin d'être terminé. J'ai dû adapter sérieusement mon rythme de travail pour faire face à la chaleur. Debout dès 5 heures du matin pour récolter aux heures les plus fraîches, je devais interrompre le travail vers 9 h 30, lorsque la température approchait déjà les 30 °C. Dans ces conditions, il devenait impossible de poursuivre sans être complètement accablé par la chaleur, même lorsque l'on est habitué à travailler sous une combinaison.
Heureusement, près de 90 % de mes ruchers sont installés à l'ombre des forêts, partiellement ou totalement protégés du soleil. Travailler en plein soleil est désormais devenu impensable, même tôt le matin, tant les efforts physiques liés aux récoltes de hausses pleines de miel sont importants.
Le reste de la journée était consacré, au frais, à l'extraction du miel. Puis, en soirée, après 20 heures, je retournais aux ruchers pour retirer les dernières hausses, les ranger et effectuer un rapide contrôle des colonies.
La fatigue s'accumule, mais aujourd'hui le plus gros du travail est derrière moi. Il ne me reste plus qu'à réaliser les traitements contre le varroa, qui commencent habituellement au début du mois d'août.
Comme les récoltes ont été suffisantes, j'ai volontairement laissé plusieurs kilos de miel aux abeilles afin qu'elles puissent mieux traverser cette longue période de disette qui s'étend désormais de la mi-juin jusqu'aux floraisons du lierre, à l'automne.
Pour l'instant, aucun frelon asiatique n'est en vue. Les fortes chaleurs semblent avoir freiné son développement, mais la vigilance reste de mise.
Les abeilles, quant à elles, font preuve d'une incroyable capacité d'adaptation. Elles ventilent l'intérieur de la ruche en battant des ailes à l'entrée ou en « faisant la barbe », c'est-à-dire qu'elles se regroupent en grappe à l'extérieur de la ruche, souvent en soirée, afin de faire baisser la température à l'intérieur. Elles possèdent d'extraordinaires ressources, mais je ne peux m'empêcher de penser qu'elles souffrent malgré tout, en silence.
L'avenir de l'apiculture est de plus en plus incertain. C'est pourquoi je tiens à vous remercier sincèrement pour votre soutien. Grâce à vous, nous pouvons continuer à nous adapter, à protéger nos colonies et à faire face ensemble aux défis qui nous attendent.
Je vous dis à très bientôt pour de nouvelles du rucher.
Manuel