Printemps correct, été catastrophique par Jorris V.B.

Jorris V.B.

Chers parrains et marraines,

Je prends enfin un moment pour vous donner des nouvelles de nos ruches et de cette saison 2026 – une saison particulièrement difficile ici, dans le sud-est du pays.

L’année a plutôt bien commencé. Comme chaque printemps, une partie du cheptel est installée sur le littoral, où les abeilles profitent notamment des floraisons de début de saison. Mais cette année, une floraison que nous connaissions bien a complètement fait défaut : nous n’avons pas récolté de miel de bruyère blanche.

En revanche, nous avons eu une petite surprise dans l’Estérel : les abeilles ont produit du miel à partir de la lavande stoechas (ou lavande papillon), une lavande sauvage qui fleurit en mars et avril et que l’on trouve notamment dans les zones méditerranéennes. C’est un miel que nous n’avions encore jamais récolté ici. Le miel de lavande stoechas est davantage connu, notamment en Espagne. Voir cette miellée prendre une place suffisamment importante pour être récoltée dans l’Estérel est un signe de l’évolution du climat, qui semble se rapprocher de plus en plus de celui du littoral espagnol.

Le printemps en montagne a ensuite été assez variable selon les secteurs. Quelques kilomètres peuvent parfois faire une grande différence : sur certains secteurs, la pluie était bien tombée, tandis que d’autres sont restés relativement secs. Cela a entraîné une variabilité particulièrement marquée ce printemps en montagne. Les récoltes sont restées globalement correctes, mais la suite de la saison allait être beaucoup plus compliquée.

L’été 2026 a en effet été catastrophique. C’est, depuis le début de notre activité, le plus mauvais été que nous ayons connu. Les conditions météorologiques ont été particulièrement défavorables aux abeilles et aux floraisons : la chaleur et la sécheresse ont entraîné un manque de nectar et rendu les récoltes extrêmement faibles.

Sur le plateau de Valensole, notamment, la récolte de lavande a été particulièrement mauvaise. Pour vous donner une idée de l’ampleur du problème, nous n’avons récolté qu’environ 20 % de ce que nous avions récolté lors de notre deuxième pire année sur cette miellée. Autrement dit, même en comparaison avec une année que nous considérions déjà comme très mauvaise, la récolte de cette année est cinq fois plus faible.

En montagne, la situation n’a malheureusement pas été meilleure et plusieurs de nos emplacements n’ont pratiquement rien donné pendant l’été. Les abeilles ont parfois dû travailler dans des conditions très difficiles, avec peu de ressources disponibles autour des ruches. Heureusement, elles ont tout de même réussi à récolter suffisamment de miel pour assurer leurs propres besoins. C’est surtout le surplus, celui que nous pouvons normalement récolter une fois les réserves des colonies constituées, qui a fait défaut cette année. Une fois encore, cela montre à quel point l’apiculture dépend directement des conditions météorologiques et de la capacité des plantes à produire du nectar.

Cette très mauvaise saison a également des conséquences économiques importantes pour notre petite exploitation. Produire moins de miel signifie évidemment moins de ventes, alors que les charges, elles, continuent d’exister. Cette année, nous avons donc dû puiser dans nos réserves pour pouvoir continuer à faire fonctionner l’exploitation normalement. Cela nous oblige également à avancer plus prudemment sur certains de nos projets.

Parmi ces projets, il y a notamment notre achat à Guillaumes. Nous avons acheté un terrain bâti avec l’idée d’y installer une véritable miellerie, ce qui nous permettrait d’avoir un espace adapté pour travailler le miel et de développer notre activité dans de meilleures conditions (nous sommes actuellement locataires d’un bâtiment cruellement sous-dimensionné). Le projet est toujours d’actualité, mais son avancement est aujourd’hui ralenti par les difficultés financières liées à cette saison catastrophique. Nous préférons avancer progressivement plutôt que de prendre des risques.

Mais cette année a aussi été marquée par une très bonne nouvelle : nous sommes officiellement passés en GAEC (Groupement Agricole) ! Et cela signifie surtout que Tiffanie est désormais officiellement apicultrice. Après toutes ces années passées à travailler ensemble autour des ruches, ce changement est à la fois administratif et symbolique : nous sommes maintenant officiellement associés dans cette aventure.

Une autre évolution importante de cette année concerne l’élevage des reines, dans lequel Tiffanie progresse maintenant depuis plusieurs années. L’élevage consiste à faire naître de nouvelles reines à partir de colonies sélectionnées, puis à les accompagner jusqu’à leur fécondation et leur mise en ruche. C’est un travail minutieux qui demande beaucoup d’observation et de patience, car de nombreuses étapes dépendent encore des conditions météorologiques et du comportement des abeilles.

Tiffanie est aujourd’hui quasiment autonome sur l’ensemble du processus et cette année a marqué une nouvelle étape avec ses premières ventes de reines. C’est une belle reconnaissance du travail accompli et une activité qui pourra venir compléter notre travail d’apiculteurs.

Malgré cette saison particulièrement difficile, nous continuons donc à avancer. L’apiculture nous apprend chaque année à nous adapter, à faire avec ce que la nature nous donne. Certaines années permettent de faire des réserves pour les suivantes ; d’autres nous obligent simplement à tenir bon et à protéger au mieux nos colonies.

Vos parrainages sont particulièrement précieux dans une année comme celle-ci. Ils nous permettent de continuer à prendre soin de nos abeilles et à faire vivre cette petite exploitation malgré les aléas d’une saison qui aura été exceptionnellement mauvaise.

Merci encore pour votre fidélité, votre confiance et votre soutien.

Prenez soin de vous, et à très bientôt pour une nouvelle saison parmi les abeilles.

Jorris & Tiffanie

 

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