Petite lettre à mes parrains par Jorris V.B.
Très chères marraines, très chers parrains,
La saison apicole a commencé fort tôt cette année dans le sud de la France.
Rare ont été les jours, depuis début février jusque début avril, où la température n’a pas atteint les 18°C sur le littoral où les ruches passent l’hiver.
Le développement des populations a donc été impressionnant et cela m’a permis non seulement de faire des divisions très tôt dans l’année, mais aussi de poser des hausses vers la mi-mars.
Les hausses sont les parties que l’on pose au-dessus des ruches où le miel destiné à la récolte est amassé.
Aujourd’hui, ces hausses sont pleines. Cette année, je ferai donc une récolte de Miel de Maquis de l’Estérel, regroupant des nectars de bruyère blanche, romarin, lavande « stoechias » ou maritime, viorne tin ou laurier tin, et de nombreuses autres fleurs du littoral méditerranéen.
Ces deux mois exceptionnellement chauds ont aussi été exceptionnellement secs.
Chez moi en montagne il n’a pas plu une goutte pendant cette période et cela affectera certainement le développement des fleurs de printemps – thym et compagnies.
Sur le littoral cela a moins été un problème car la proximité de la mer permet d’avoir une humidité correcte malgré une pluviométrie faible – la rosée du matin alimente les fleurs et leur permet de secréter leur précieux nectar.
En apiculture, qui dit printemps dit essaimage, ce phénomène de reproduction de l’abeille où la moitié de la colonie quitte la ruche en entrainant sa reine, pour laisser l’autre moitié élever une nouvelle reine.
C’est magique à observer : un nuage d’abeilles qui, pour le connaisseur, ne provoque aucune crainte. Car en effet, on pourrait se mettre à poil en plein milieu de ces 20.000 abeilles sans craindre la moindre piqûre : ayant fait le plein de miel, elles ne piquent pas car leurs corps sont tellement gonflés de nourriture qu’elles n’arrivent pas à contorsionner leur derrière aigue ! L’essaimage est pour l’apiculteur un phénomène doux pour sa beauté, mais amer pour ses conséquences, car il voit s’envoler ses chères abeilles.
Le stress de l’apiculteur quand cette « fièvre » d’essaimage se déclenche dans son rucher, c’est d’intervenir à temps pour l’éviter, en faisant des « essaims artificiels », des divisions de ruches laissant suffisamment d’abeilles dans la ruche-mère pour pouvoir faire du miel, mais pas autant que la fièvre continue.
C’est la balance que seule l’expérience permet de discerner et de cette expérience, il m’en reste encore un bon bout à acquérir…
Beaucoup de travail donc en ce moment, mais de beau travail qui donne envie de voir la suite de la saison. A part ce travail sur les ruches, je suis également très occupé à effectuer toutes les démarches administratives liées à mon installation, souvent longues et compliquées, parfois frustrantes.
A cela s’ajoute des petits soucis de la vie de tous les jours : en ce moment c’est le 4x4 si indispensable à ce travail qui nous a lâché et pour en trouver un autre il faut du temps qu’on n’a guère parce que les abeilles nous occupent tant !
Mais j’essaie surtout de ne pas me plaindre : on est partis pour une très belle saison apicole après un hivernage tout à fait correct (4 ruches mortes sur 105) et une fin d’hiver / début de printemps de rêve. Je suis en plein « boom » de mon installation imminente et je savais à l’avance qu’il y aurait des moments difficiles et franchement, un véhicule qui casse c’est tellement mieux que des colonies qui disparaissent !
Encore merci pour votre gentillesse et votre bienveillance !
Jorris