Bilan de la saison par Philippe C.
Cher(e)s ami(e)s et bienfaiteurs/trices de l'apiculture et des abeilles,
En ce jour symbolique du 20 Mai, journée mondiale de l'abeille et date anniversaire de ma naissance, je profite d'un voyage éclair vers l'île de beauté, pour cause de vieilles amitiés, pour prendre ma plume, la traversée en bateau m'accordant quelques heures de répit dans mon incessante activité quotidienne, désormais essentiellement consacrée aux abeilles.
Comme d'habitude, je suis en retard dans la transmission de mes « infolettres » -toujours allergique aux anglicismes!!- sur nos abeilles. Et comme d'habitude, j'affirme que le bilan hivernal en apiculture - de surcroît de montagne- se fait fin Avril. Et cette année, encore plus que d'autres. Après un automne assez favorable en pluviométrie et T°, surtout sur mon rucher d'hivernage « vue sur mer » de l'Esterel où il y eut même une petite miellée -sans récolte- sur l'arbousier. Début Janvier les indicateurs étaient donc au vert : ruches lourdes en réserves et suffisamment populeuses, signes de traitements contre le varroa réussis et d'une météo favorable.
Le « beau temps », -expression très subjective ayant autant d'interprétations qu'il y a de professions – s'étant durablement installé en Janvier , puis en février dans la zone méditerranéenne semblait augurer de conditions clémentes pour les « avettes » .
Mais l'excès, dans quelque domaine que ce soit, finit toujours par avoir un coût. L'ensoleillement prolongé, même hivernal, est synonyme de sécheresse et sans eau point de développement de la végétation. Et comme les pluies se sont encore fait attendre en mars, cette sécheresse hivernale exceptionnelle – mais l'exception tend à se rapprocher de la règle en matière de météorologie- a eu de fâcheuses conséquences. Malgré la floraison, le travail des abeilles semblait vain, d'autant que le vent du nord soufflait souvent, apportant des nuits froides et des journées fraîches.
Les réserves de miel fondaient comme neige au soleil, si bien que j'ai dû commencer à nourrir certaines colonies, menacées de disette, début avril. A cela s’ajoutait des carences en pollen, les plantes printanières – février-mars en zone méditerranéenne- n'ayant pas pu se développer comme de coutume. Les entrées de pollen étant le facteur principal de développement des colonies -apports en protéines pour la nourriture des larves- j'ai constaté un bon mois de retard par rapport à l'année dernière. Et si l'art de l'apiculteur est d'avoir des ruches populeuses au moment des miellées, autant je peux me résigner à nourrir des ruches pour éviter de la mortalité, autant je me refuse à leurs apporter des aliments protéinés du commerce pour stimuler la ponte. J'attendais donc avec impatience que les conditions hivernales en montagne soient dernières nous (T° nocturnes négatives) pour transhumer mon cheptel vers les Gorges de Daluis. Après un épisode pluvieux significatif (environ 40 mm de pluie) fin avril et l'annonce d'une période chaude durable en Mai, les conditions semblaient idéales pour une miellée dans les Gorges. Celle-ci a effectivement été au rendez-vous à partir du 10 mai et même si elle n'a pas été aussi abondante qu'en 2021, elle était tout aussi inespérée. A l'analyse pollinique, le seuil des 15% de pollen de thym est atteint, mais la conductivité électrique révèle une teneur en miellats (probablement de pins) incompatible avec un classement « miel de thym ».
La sécheresse, accompagnée d'une vague de chaleur à partir du 10 Mai jusqu'à aujourd'hui, -fin Aout-a persisté de manière inquiétante -débit des sources et des cours d'eau, souffrance de la végétation-. Je ne pariais donc pas sur une miellée de lavande et n'ai pas transhumé le gros de mes troupes. Mea culpa. Une fois n'est pas coutume !
Les champs de lavande se raréfient dans les environs de mon emplacement -les ruches aussi- mais le champ le plus proche, situé en fond de vallée, était cette année encore -en général ils sont arrachés vers 5 ans- magnifique. Due aux conditions climatiques, la floraison avait 10 jours d'avance. Grâce a une transhumance synchrone, j'ai bénéficié d'une récolte honorable, eu égard à la sécheresse extrême qui a sévi sur le plateau de Valensole depuis 6 mois.
En montagne, à ma miellerie bioclimatique à 1300m, les orages de Juillet n'ont pas tenu leurs promesses. Alors que des précipitations localisées de 70 mm ont été enregistrées dans la vallée, nous n'avons essuyé -et il n'y avait en fait rien à essuyer!- que des queues d'orage de quelques mm. Il a fallu attendre le 5 août pour qu'enfin une dizaine de mm de pluie aient un effet mouillant sur le sol et la végétation. La succession de pluviométries semblables jusqu'à ce jour a permis à la sarriette de se refaire une santé et certaines touffes ont commencé à blanchir de fleurs laissant entrevoir l'espoir d'une récolte tant attendue depuis2018.
Nous en sommes donc là à ce jour. Un potentiel certain pour la sarriette, mais pas de miellée constatée dans les ruches. Il y a des facteurs que nous ne maîtrisons pas dans le déclenchement des miellées.
Un rappel en ce qui concerne les miels que vous recevez. Pour les entreprises il n'y a en général qu'un seul type de miel dont la dénomination apparaît sur l'étiquette. Par contre pour les particuliers , par soucis de simplification, en accord avec « Un Toit pour les Abeilles » quel que soit le miel votre étiquette indique « miel du Rucher des Gorges de Daluis ». Mais j'effectue un panachage qui comprend, du plus clair au plus foncé : Lavande, Provence , que j'appellerai désormais « miel de Providence » - et Thym . Les années précédentes et sans doute aussi à partir des livraisons d'automne 2022, il s'agi/ssait/ra d'un miel de montagne des Gorges de Daluis. Seule l'analyse, pollinique entre autres, permet de classer le miel de printemps des Gorges en miel de thym ou de montagne.
Que la paix soit avec vous et en vous, car l'Homme en paix qui déambule parmi ses semblables a un effet « contaminant » sur ceux-ci. Comme les abeilles sur leurs bergers !!
Dernière information et non des moindres , je suis papa depuis le 22 Aout ! Cela repousse d'une décennie mes éventuels espoirs d'une retraite bien méritée .-J'ai commencé à travailler dans une entreprise de travaux publics à 14 ans et j'avais auparavant déjà amplement collaboré dans l'entreprise de mes parents artisans -commerçants.
Le « fruit des entrailles » s'appelle Arthur et se prend pour Gargantua tandis que Céline, la maman, fait de son mieux pour remplir ce « tonneau des Danaïdes ».
Guillaumes , 2022-09-08
Philippe C.